Rue Dézéry

De la poussière

 « Tout se réduit, en fait, à la peur de la mort. »

E.M. Cioran

Sur les cimes du désespoir

 

J’y suis retourné après cinq ans.

C’était le 31 octobre, le soir. Un homme s’est approché de moi, a mis ses mains sur ma gorge, il a serré. Une femme a hurlé. Je me suis dégagé. J’ai arpenté le boulevard Pie-IX, désorienté, à la course, j’ai perdu le nord – je le suivais pourtant. J’ai traversé la rue Sherbrooke, n’y suis jamais revenu.

Ex memoria

(Crédits photo: Benoit Bordeleau)

 

How happy is the
blameless Vestal's lot! The world
forgetting, by the world forgot:

Eternal  sunshine of the spotless mind!
Each
prayer accepted, and each wish resign'd

- Alexander Pope

 

Blessed are the forgetful, for they get the better even of their blunders.

- Nietzsche

Maisonneuve de glace

Marcher vite pour ne pas que l’hiver me rattrape, les bouts de doigts gelés ne doivent pas se perdre dans le canal bouché par un sac de vidanges éventré. J’ai peur de la suite des choses, mais je continue d’avancer, quitte à tomber en cours de route. C’est inévitable, je suis maintenant, trop engagée dans la marche du quartier pour faire demi-tour.

Il avait plu

c'était son visage de trop jeune mère, ses yeux bouffis, sa main sur le bébé collé à sa poitrine, le mec qui criait après elle. 
c'était dimanche matin. 
c'était cet homme qui gémissait sur son perron entouré de ses deux chiens et qui se balançait, la tête cachée entre les jambes. 
c'était l'étrange hoquet du vieux-jeune qui m'a montré des sous en me demandant une clope. 
c'était là que j'habitais à 20 ans, dézéry/ontario. 

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