Jour

«La sonnette ne marche pas»

à suivre le poète
tu imagines habiter
le trottoir des Amériques
et nunc

tu gis là
dans la marge intérieure
petit fond où vase et vers
se font prendre
loin de la gouttière

*

de bon matin
les petites jumelles
d’en face échangent
un ballon de plage
un premier vendredi d’été

*

tu dis
je traverse la rue

tu penses
j’enjambe le continent

*

scotchée à un poteau
«la révolution a besoin de vous» mais

Cahier Canada et cochonnet

Une odeur d’herbe fraîchement coupée accompagne ta déambulation le long de la rue Notre-Dame. La femme qui conduit le tracteur, porte grande ouverte, accuse à peine ta présence. Ici, à quelques rues de l’appartement, les bandes d’asphalte et de verdure suffisent à te faire sentir ailleurs – tu veux dire : loin. Il aurait suffit du passage d’une outarde, au moment de fermer les yeux, pour te retrouver une vingtaine d’années plus tôt dans un champ – sur le plate.

Sur les traces du ruisseau Migeon

Suivre ces lignes imaginaires brisées dont parle Bertrand Gervais. 

Dans un musement d’esprit, s’aventurer dans les marécages que sont ces jours-ci les parcs Lalancette ou Saint-Aloysius, s’enfoncer dans ces terrains détrempés et ruisselants.

Chercher la piste ou les traces fantasques d’un vieux ruisseau disparu qui ne coule plus qu’en ces temps immémoriaux et dont seuls de vieux plans nous racontent encore la splendeur de ses courbes ou la mémoire de ses méandres.

L'usurier

tu sors de l’épicerie
dans ton sac un concombre
trois poitrines de poulet
avocat
poivron

tu te retournes et tu vois
la belle bête perchée

tu la regardes
mais elle ne te regarde pas

 

*

 

tu te souviens
de leurs vols de leurs piquées
vers la terre

ils revenaient avec
entre les serres
des mulots des carouges

parfois rien

jusqu’à ce que les buses
les urubus
survolent le plate

 

*

 

De la vitrine du Atomic

à la porte bleue des 3607-3609
rue Ontario des paupières closes
se gorgent des rayons du soleil

*

derrière toi une voix chuinte

c'est de même qu'ils ont gagné
comme Al Capone...
avec les taxes pis les impôts

*

sous l’enseigne Sico du Rona
des mains crispées sur des genoux
suivies d’un haut-le-cœur

*

un chien en laisse grelote
sous les mots Commissaire
à l'assermentation

*

Hochelaga, quand je te mange

 

Gourmandise et hypocondrie

Le Restaurant Davidson
et ses allures de pneumonie,
complètement vide
parce que pogner la grippe
c’est pas le trip de personne.
J’aurais bien commandé
des «natchos»,
mais la serveuse
est en mode soupe Lipton.

 

Ketchup mayo chou

Restaurant La Québécoise :
Hot-dog, poutine, coke
et une boîte d’«objects perdus»
qui ne seront jamais réclamés.

Ex memoria

(Crédits photo: Benoit Bordeleau)

 

How happy is the
blameless Vestal's lot! The world
forgetting, by the world forgot:

Eternal  sunshine of the spotless mind!
Each
prayer accepted, and each wish resign'd

- Alexander Pope

 

Blessed are the forgetful, for they get the better even of their blunders.

- Nietzsche

Des confitures

(Crédits photo: Marc-André Dupaul)

       
Entre-t-on simplement dans Hochelaga par la porte papillon du métro Préfontaine?

Sur une butte choisie, près de l'édicule. Je suis du regard les mouvements fous des passants qui s'éloignent jusqu'à les perdre de vue. Ils migrent, d'un endroit à l'autre, circulation pressée, en direction de.

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