Marche et flânerie

Chapelet et gobelet

elle s’approche et te dit à bout de souffle et sans virgule monsieur Pie-IX monsieur Pie-IX tu lui réponds ne tenir ni du pape ni du mort que tu es tout au plus simple bedeau rue Ontario mais qu’elle trouvera bien un boulevard là-bas vers l’est

 

*

tu traverses un autre
après-midi de gouttière
au chant des scies
reines du premier au troisième
qui se posent sur la langue
comme des hosties
de cendre
 

*

 

ligne de faille rue
La Fontaine

Au 3251, rue Ontario

À La Belle Place, le derrière n’a même pas le temps de se poser sur la banquette que des tasses de café sont servies sur une mosaïque de publicités qui te fait constater la multiplication lapinesque des vapoteries du bas et du haut de la côte. Un certain F. X. propose de « déménager comme nulle part ailleurs », mais un trébuchement d’escalier l’ampute d’un T, d’un E, d’un L ce qui te laisse croire que c’est « nul, par ailleurs » de déménager.

Flâneries en trois temps

Les lieux sont des histoires fragmentaires et repliées […] des temps empilés qui peuvent se déplier, mais qui sont là plutôt comme des récits en attente…

Michel de Certeau

                                                                                            

Trop léger pour janvier

Ruelle Daguerre. Seulement ce toponyme dans un éclat de tôle blanche et mon pas sur un sol rendu incertain par l’hiver.

Échouages, un vingt-quatre octobre

rue des églises
des voix fusent s’éloignent

sur la plaque d’un trou d’homme
à travers un sac de plastique
on voit un paquet de cigarettes
un briquet deux strings propres

baluchon de jours maigres
pense-t-on

 

*

 

pose la tête sur l’oreiller du 3848
pour écouter ce qui fuit
derrière la brique et les fenêtres
barricadées

chuchote-moi le souffle des bêtes
le remugle qui rampe et la rumeur
de l’épervier

 

*

Le gardien des heurts

rue Ontario
une vieille serre dans ses bras
un détour me regarde

ce sera drôle tu verras

elle déplace le panneau
d’un quart de tour
et s’en va l’air de dire

tu perdras ton prochain
comme toi-même

jusqu’ici
je n’avais jamais envisagé le labyrinthe
comme machine de deuil et d'amour

 

*

 

derrière le screen d’une ruelle
tu devines le crachin
du café sur la langue la piqûre
du goudron sur l’émail

le matin et le silence
pour tout le monde

 

*

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